Grèves, grands travaux, polémique Joconde et mystère Salvator Mundi.
Bienvenue dans Midnight Art Club ! J’espère que votre rentrée n’était pas trop éprouvante.
En ce moment, les musées font beaucoup parler d’eux. Pas seulement pour ce qu’ils accrochent aux murs, mais pour tout le reste: grèves en coulisses, grands chantiers, polémiques bien croustillantes… et même des œuvres qui réapparaissent comme par magie, exactement là où elles n’étaient pas censées finir.
• Au Louvre, l’ouverture a été retardée la semaine dernière
Les équipes se sont réunies le matin du 5 janvier pour décider si elles reprenaient la grève lancée en décembre, autour des salaires et des conditions de travail. Le musée a fini par ouvrir mercredi 7.
• Et le projet “nouvelle salle Joconde” n’aide pas à calmer le jeu
Le projet “Louvre-Nouvelle Renaissance” veut créer une galerie dédiée à la Joconde et une nouvelle entrée, pour absorber la foule. Budget annoncé : 1,1 Md€. On espère que pour ce prix, elle sera mieux sécurisée que le reste du musée…
• Belgique : on veut “démonter” le musée d’art contemporain d’Anvers
La Flandre a abandonné le nouveau bâtiment du musée d’art contemporain d’Anvers (M HKA) prévu à 80 M€ et propose maintenant de déplacer sa collection (environ 8 000 œuvres) vers le S.M.A.K. à Gand. Résultat : Anvers risquerait de garder un lieu d’expo… mais sans sa collection, ce que le milieu de l’art dénonce comme un démantèlement.
La Joconde, c’est la star de Léonard de Vinci que vous pouvez voir au Louvre, un lundi à 15h sinon ce sera de loin, au-dessus des épaules, entre deux téléphones.
Le Salvator Mundi, c’est l’autre : un “Léonard” devenu le tableau le plus cher du monde… mais aussi l’un des plus “politiques”. Je vous raconte.
Un petit air en commun ?
En 2005, le Salvator Mundi est acheté en très mauvais état pour 1 175 $ par un marchand new-yorkais, puis confié à une restauratrice qui, après deux ans de travail, se dit convaincue d’avoir un Léonard. Les experts restent divisés à ce sujet.
La National Gallery de Londres l’expose ensuite comme une œuvre de Vinci, ce qui lui donne une crédibilité très puissante. Et ce qui permet qu’en 2017, Christie’s le vend 450 M$ en le présentant comme un “vrai Vinci”, malgré les controverses.
Et là, ça devient une affaire d’État.
Selon l’enquête relayée par France Culture, le propriétaire serait Mohammed ben Salmane (MBS), le prince héritier d’Arabie saoudite et dirigeant de fait du pays.
Le point sensible : MBS aurait demandé une exposition au Louvre, avec un accrochage juste à côté de la Joconde et un cartel le présentant comme un Léonard “à 100%”. Emmanuel Macron aurait refusé ces conditions d’exposition fin 2019.
Une expertise aurait été menée dans le plus grand secret au Louvre, mais on ne connaît pas ses conclusions exactes : elles n’ont jamais été rendues publiques, et cette zone grise alimente encore le mystère autour du tableau.
Moralité : on dit que “tout finit toujours par se savoir” et bien vous me permettrez d’en douter. Ici, 8 ans après la vente de 2017, malgré la technogie et les experts, le Salvator Mundi reste une énigme.
La Joconde a fait son meilleur coup de com’… en disparaissant. Eh oui :
21 août 1911. Un lundi. Le Louvre est fermé au public. Un ancien employé, Vincenzo Peruggia, décroche tranquillement le tableau, le glisse sous sa blouse, et sort. Pas de course-poursuite. Pas de laser rouge, ni d’alarme. Juste un musée sans la Joconde.
Pendant un temps, personne ne s’en aperçoit. On croit que le tableau est “au service photo” ou “en déplacement”, tout le monde pense que l’autre sait. Quand on comprend enfin, c’est la panique nationale. Et là, phénomène aussi loufoque qu’inattendu: les visiteurs viennent au Louvre… pour voir l’emplacement vide. Le mur devient l’attraction… (Rien à faire avec les mouvements de foule).
Et comme dans toute bonne série, on cherche des suspects partout. Même Picasso et Apollinaire sont inquiétés dans l’affaire. Puis, le temps passe et en 1913, Peruggia tente de vendre la Joconde en Italie. Il se fait arrêter. Le tableau revient transformé : c’est toujours un chef-d’œuvre, mais il est en plus devenu une célébrité mondiale.
à New York :
Musée : Monet and Venice, Brooklyn Museum, jusqu’au 1er février 2026.
Venise comme atmosphère. Et Monet comme fabricant de lumière.
Galerie : Ali Cherri, Last Watch Before Dawn, Almine Rech, du 16 janvier au 28 février 2026.
Un travail qui parle de pouvoir et de récits officiels, mais en restant concret, sensible, pas théorique.
à Paris :
Musée : George Condo, Musée d’Art Moderne de Paris, jusqu’au 8 février 2026
Expo gigantesque, avec environ 80 peintures, 110 dessins et une vingtaine de sculptures. On y découvre un Condo qui mélange les vieux maîtres et le cartoon, créant sa patte à lui. J’ai adoré reconnaître du Rembrandt dans une peinture aussi moderne. Vivement recommandé !
Galerie : Precious Okoyomon: It’s important to have ur fangs out at the end of the world, Mendes Wood DM, jusqu’au 17 janvier 2026
D’abord pour leur espace collé à la place des Vosges, avec un numéro de rue dessiné par l’un de leurs artistes et une cour sublime. Mais aussi pour leur expo qui se termine bientôt et déborde sur les murs…
à regarder :
Film : The Lost Leonardo (2021).
Sur toute l’histoire du Salvator Mundi, très bien racontée: sa découverte, la restauration, record, puis disparition.
À la semaine prochaine…même jour, même heure !
Juliette,
Pour me contacter : info.midnightartclub@gmail.com
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