vous souhaite une bonne année 2026

Picasso à 100 € et Picasso volé : commencer 2026 en bleu

Bienvenue dans Midnight Art Club et très belle année 2026 !

Malgré un marché de l’art globalement en forme en 2025, cette semaine, entre Noël et le Nouvel An, le marché de l’art tourne un peu au ralenti, et honnêtement, ça fait du bien. Alors, on en profite pour repartir sur nos classiques avec Picasso, à l’occasion d’une tombola caritative autour d’une de ses œuvres… histoire de commencer l’année avec autre chose qu’une gueule de bois :D

NOTRE SÉLECTION DE NEWS DE LA SEMAINE

Les Big Three de l’art repartent à la hausse
Les trois plus grandes maisons de ventes, qu’on appelle aussi “Big Three”, soit Sotheby’s, Christie’s et Phillips totalisent autour de 14 Md$ en 2025, en hausse d’environ 10%. Bon, ce n’est pas l’euphorie de 2022, mais ça bouge !

Un Picasso à 100 euros, pour la recherche Alzheimer
Une association française organise chez Christie’s à Paris en avril prochain une tombola caritative autour de Tête de femme (1941) de Picasso, estimé à plus d’un million d’euros : des tickets à 100 euros pour tenter de gagner le tableau, et financer la recherche sur Alzheimer.

À SAVOIR - La Période bleue : d’un Picasso émancipé à fauché

Puisqu’on parle de Picasso, revenons à l’un des moments les plus célèbres de sa carrière.

Entre 1901 et 1904, Picasso traverse sa fameuse période bleue : trois ans où tout devient bleu, froid, mélancolique… L’explication officielle, c’est le suicide de son ami Casagemas, un choc énorme qui le plonge dans une ambiance un peu déprimée (et déprimante à vrai dire).

Des silhouettes longues, des aveugles, des mères épuisées, des scènes du quotidien plombantes, pas exactement la peinture idéale pour un salon (ça n’engage que moi).
C’est le moment où il développe pour la première fois une vraie “voix” d’artiste. Où il arrête de copier et raconte quelque chose. Constatez vous-mêmes :

© Pablo Picasso

Pourquoi le bleu à votre avis ?

Même si on raconte que la “Période bleue” de Picasso, c’est la grande époque mélancolique de sa vie, d’où ce bleu, certains historiens pensent que Picasso utilisait majoritairement du bleu pour une autre raison…

Je recontextualise : Picasso a 19 ans et est fauché comme un étudiant. Alors s’il choisit le pigment bleu ce n’est pas par goût : c’était tout simplement le pigment le moins cher du marché.

Et d’ailleurs, comme il n’avait pas les moyens d’acheter des toiles neuves, les rayons X ont montré qu’il repeignait carrément sur des tableaux ratés.

Moralité : on aime penser que les chefs-d’œuvre sont parfaitement planifiés, mais souvent ils naissent de contraintes, de ratés et de bricolage très concret. C’est là que ça devient intéressant, quand l’œuvre devient le témoin d’une époque ou d’un vécu !

LE GOSSIP - Le vol d’un Picasso pour la bonne cause ?

Prenez une seconde pour visualiser : Melbourne, 1986. Pas évident, on vous l’accorde, mais disons : permanentes, costumes froissés et beaucoup de beige. La National Gallery of Victoria vient de s’offrir son trophée absolu, un Picasso flamboyant, The Weeping Woman (La Femme qui pleure), l’achat le plus cher jamais réalisé par un musée australien. C’est la star de la collection, on organise des visites, des conférences, des pages entières dans la presse. Bref, tout le monde est très fier.

Le tableau en question © Pablo Picasso, 1937

Un matin, à la place du Picasso star, un petit panneau apparaît : “tableau retiré pour maintenance de routine”, signé mystérieusement ACT. ACT, pour Australian Cultural Terrorists, un groupe de “terroristes culturels” qui a “emprunté” le tableau pour faire du chantage, des criminels au grand cœur en somme. Ils s’attendent à du chaos, à la une des journaux… en réalité, tout le monde pense que l’œuvre est partie à Canberra et le plus gros casse d’art du pays est COM-PLÉ-TE-MENT ignoré.

Au bout de deux jours, en constatant que personne ne paniquait et que personne ne parlait d’eux, vexés comme des poux, ils envoient une lettre pour expliquer qu’ils ne sont pas des voleurs mais des militants pour le budget de l’art. Ils réclament plus d’argent, un prix pour jeunes artistes… et menacent tout de même de brûler le Picasso si on ne les écoute pas.

Réponse du gouvernement : non. Ils n’obtiennent rien. Pas un centime, pas un prix à leur nom. Juste un Picasso sur les bras, très reconnaissable et invendable.

Ils finissent par rendre les armes : The Weeping Woman est déposée bien au chaud dans un casier de gare, ils appellent anonymement la police… Pas vraiment des génies du crime, je vous l’accorde, mais je connais des syndicalistes plus froussards.

Finalement, grâce à eux, le musée a enfin obtenu des budgets pour se sécuriser, le tableau est devenu une célébrité locale et l’affaire reste l’un des vols d’art les plus surréalistes de l’histoire.

C’est par ici si vous voulez creuser ce casse raté dont même Picasso aurait rougi.

Et au passage, vous pouvez en profiter pour mesurer le chemin parcouru par Picasso, de sa période bleue jusqu’au visage éclaté de The Weeping Woman de 1937.

NOS RECOS DE LA SEMAINE

à New York :

  • Musée : Rashid Johnson: A Poem for Deep Thinkers, Guggenheim, New York, jusqu’au 19 janvier 2026
    Grande expo d’œuvres fortes et très physiques sur l’identité et la mémoire, avec en plus des performances au cœur des installations, dont un piano installé directement dans la rampe du musée.

  • Galerie : Chiharu Shiota: Echoes Between, Templon, 10th Avenue, jusqu’au 22 janvier 2026
    Un grand nuage de fils rouges et noirs qui envahit l’espace, une installation totale, amusante à traverser et pas juste jolie à regarder : les galeristes vous expliqueront très bien l’idée derrière. En plus, ça fait écho à Ruth Asawa au MoMA.

à Paris :

à regarder :

  • Framed (SBS / Apple TV)
    Série docu en 4 épisodes qui revient sur le vol de The Weeping Woman de Picasso à Melbourne en 1986. Du vrai thriller d’art, avec rançons et mystères…

À la semaine prochaine…même jour, même heure !

Juliette,

Pour me contacter : info.midnightartclub@gmail.com

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Midnight Art Club - L'art mis à nu

Par Juliette

À propos des autrices de Midnight Art Club - L'art mis à nu …

Moi, c’est Juliette. J’ai grandi à Paris avant de partir à New York pour finir mes études dans l’art. C’est le monde dans lequel je travaille aujourd’hui et, ne venant pas du tout d’un milieu artistique, j’ai vu à quel point ce monde pouvait sembler élitiste, fermé, parfois même intimidant.

Mais plus je m’y suis plongée, plus j’ai réalisé qu’il devenait accessible dès qu’on commence réellement à s’y intéresser.

Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre ça : cette idée que l’art n’est pas réservé à quelques initiés, qu’il peut parler à tout le monde, et qu’il peut même nous apprendre sur nous-mêmes, avec un peu de curiosité et beaucoup de plaisir.