Une semaine mouvementée

Records chez Sotheby’s, Frida avant le mythe et une œuvre terminée au tri sélectif.

Pour cette toute première édition, bienvenue dans Midnight Art Club !

Ravie que tu sois là avec moi! Comme tu l’as compris, ici on parle d’art normalement, sans posture, juste pour le plaisir de comprendre, et d’apprendre.

Chaque semaine, tu trouveras des news soigneusement sélectionnées, quelques histoires sur des artistes ou mouvements en rapport avec l’actualité, une histoire gossip, et nos recos pour la semaine.

NOTRE SÉLECTION DE NEWS DE LA SEMAINE

Dernièrement, côté news, impossible d’y échapper: la semaine dernière a été particulièrement animée. Alors en très bref, pour vous éviter d’avoir l’air à la ramasse :

• Une œuvre de Frida Kahlo, El sueño (La cama) (1940), a été vendue chez Sotheby’s à New York pour 54.7 M$. C’est un nouveau record pour une artiste femme, dont je te parle juste après.

• Un Gustav Klimt, Portrait of Elisabeth Lederer (1914-16), s’est arraché à 236.4 M$, faisant de lui la vente la plus chère pour une œuvre moderne à ce jour.

• Maurizio Cattelan, oui, l’artiste de la banane scotchée au mur vendue 6M$ en 2024, a vu son célèbre WC en or America se vendre “seulement” 12.1 M$ chez Sotheby’s. Une seule enchère, et un prix à peine au-dessus de la valeur de l’or qui le compose… preuve que le marché de l’art n’est pas qu’une flambée constante et irrationnelle.

À SAVOIR - Frida Kahlo, quand un tramway crée une artiste

Frida Kahlo naît dans un lit d’hôpital, jusqu’ici rien d’anormal tu me diras, mais elle, à 18 ans.

En 1925, Frida Kahlo a 18 ans, vit sa vie d’étudiante et rêve de devenir médecin. Mais le sort en décide autrement : le bus dans lequel elle se trouve est percuté par un tramway à Mexico City.
Elle survit. De justesse. Mais son corps est brisé : colonne fracturée, bassin détruit, des mois de lit immobile, un corset en plâtre du cou jusqu’aux hanches.
C’est là, littéralement clouée au lit, qu’elle commence à peindre sérieusement, et qu’elle devient celle qu’on connaît tous aujourd’hui (au moins de nom), celle qui bat des records.

Son père lui installe alors un chevalet adapté et un miroir est fixé au-dessus d’elle…non pas pour se contempler, mais pour se peindre. C’est ainsi que naissent ses premiers autoportraits, pas trop le choix.

Plus tard, elle dira :

Je me peins parce que je suis souvent seule et parce que je suis le sujet que je connais le mieux.

Et encore, ça, c’est seulement le début de sa vie d’aventures, et c’est le cas de le dire : un couple libre et chaotique avec Diego Rivera, des amants célèbres (dont Léon Trotski), de la politique, du génie… Bref, elle a vécu cent vies, et promis, j’en reparlerai, ou si tu ne peux pas attendre (et je te comprends) tu peux creuser en lisant cet article ou en regardant son biopic avec l’immense Salma Hayek.

Moralité : Il semblerait que parfois un petit coup de pouce (ou un gros choc) puisse déclencher notre destin et nous faire battre des records.

Alors, on ne sait pas encore qui a acheté l’œuvre, mais il se pourrait qu’elle réapparaisse en 2026 lors de la grande rétrospective Frida: The Making of an Icon, au Museum of Fine Arts de Houston (janvier–mai 2026), puis à la Tate Modern à Londres (juin 2026–janvier 2027). Une expo majeure qui revisitera toute l’œuvre de Frida Kahlo et son influence, donc si t’es dans le coin…

L’oeuvre El sueño (La cama) en question, vendue à Sotheby’s. Avec tout ça en tête, vous ne voyez plus vraiment ce tableau du même œil, j’imagine ?

LE GOSSIP - Sans vouloir relancer le débat pour la énième fois…

Sans vouloir relancer le débat “Jusqu’où peut-on considérer que c’est de l’art ?” (ravivé largement l’année dernière par la banane de Cattelan) il semblerait que même en interne on s’y perde un peu…

Eh oui, en 2015, au Museion de Bolzano en Italie, une installation de Sara Goldschmied & Eleonora Chiari, intitulée Where shall we go dancing tonight?, est exposée : une scène de fin de fête, volontairement “bordélique”, faite de bouteilles vides, confettis et sacs poubelle. Un vrai commentaire sur les années 80, le capitalisme, la débauche… Sauf que le personnel de nettoyage du musée, arrivant tôt le matin, voit cette scène.
Et TRÈS naturellement, ils se disent :

Ah. Des déchets. Et si on rangeait.

Grâce à cette excellente initiative, l'œuvre entière finit à la poubelle. Mais heureusement, ils ont fait ça consciencieusement : plastique d’un côté, verre de l’autre…

Quand le musée s’en rend compte, panique générale évidemment. Comment l’annoncer au public? aux artistes?
Finalement l’histoire renforce presque le propos de l’oeuvre : difficile de faire mieux pour parler d’un monde qui confond souvent art, chaos et déchets.

Le pire, c’est que ce n’est pas la première fois, en 2001, déjà, une installation de Damien Hirst avait aussi été “nettoyée” dans une galerie à Londres. Bien joué.

Alors si t’es déjà allé.e à une expo sans savoir si tu avais le droit de t’asseoir sur LA chaise ou non, je t’autorise à te sentir un peu moins seul.e (et bête) la prochaine fois.

© Eleonora Chiari© Eleonora Chiari

Pour plus de détails croustillants sur cette bourde, tu peux lire ça.

NOS RECOS DE LA SEMAINE

à New York :

  • Musée : Calder’s Circus au Whitney Museum jusqu’au 9 mars 2026. Un mini-cirque entièrement bricolé par Calder avec du fil de fer, du tissu, des bouchons, des bouts de rien… Ultra poétique, ultra ingénieux.

  • Galerie : DownTown/Uptown, Lévy Gorvy Dayan. Un show époustouflant en collaboration avec Mary Boone. Il réunit entre autres Basquiat, Schnabel, Warhol et Sherman pour reconstituer New York dans les 80s. Vous avez jusqu’au 13 décembre pour voir ces chefs-d’œuvre.

à Paris :

  • Musée : Gerhard Richter à la Fondation Louis Vuitton. Pas pu la voir encore, mais eu beaucoup de retours dithyrambiques. Trop hâte de vous en dire plus, c’est jusqu’au 2 mars 2026.

  • Galerie : Lee Ufan: Response, Galerie Mennour. Solo show d’un de mes artistes préférés! Il explore le vide, l’espace et la ‘juste’ place de l’artiste. Jusqu’au 20 décembre.

à écouter :

  • Podcast : Art Talks - Bullshit Art. En deux épisodes de 20mn. J’adore ce podcast, ça retrace la déconstruction des oeuvres à travers le temps. En rapport avec LE débat éternel comme l’indique le titre.

À la semaine prochaine…même jour, même heure!

Juliette,

Pour me contacter : info.midnightartclub@gmail.com

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Midnight Art Club - L'art mis à nu

Par Juliette

À propos des autrices de Midnight Art Club - L'art mis à nu …

Moi, c’est Juliette. J’ai grandi à Paris avant de partir à New York pour finir mes études dans l’art. C’est le monde dans lequel je travaille aujourd’hui et, ne venant pas du tout d’un milieu artistique, j’ai vu à quel point ce monde pouvait sembler élitiste, fermé, parfois même intimidant.

Mais plus je m’y suis plongée, plus j’ai réalisé qu’il devenait accessible dès qu’on commence réellement à s’y intéresser.

Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre ça : cette idée que l’art n’est pas réservé à quelques initiés, qu’il peut parler à tout le monde, et qu’il peut même nous apprendre sur nous-mêmes, avec un peu de curiosité et beaucoup de plaisir.